Virage à 180 °

Publié le par athena

Il y a quelques semaines, sachant que j'adore les pièces de Jean Giraudoux et que je n'avais plus grand chose à me mettre sous la dent en terme de livre, ma tendre moitié m'a ramené, très fier de lui, un ouvrage de Giraudoux dont je n'avais jamais entendu parlé : La menteuse. Ce livre, qu'il avait trouvé sur un banc de gare, faisait partie de ceux qui circulent de main en main pour la plus grande joie des lecteurs (pour en savoir plus, voir entre autre le site du  KAP Montparnasse de Louvain-la-Neuve). Joie et bonheur, du Giraudoux pour moi toute seule !

Première surprise, il ne s'agit pas d'une pièce mais d'un roman. Et même d'un roman d'un genre spécial, que les spécialistes qualifient de "psychologique". Deuxième surprise, puisque roman psychologique il y a, point de dialogue par contre (les quelques passages qui ressemblent à des dialogues n'en sont pas vraiment). Là, j'avoue, je suis déçue. Moi qui vénère Giraudoux pour l'acuité de ses répliques, m'en voilà privée.

Foin de tout celà, haut les coeurs et lançons nous dans l'aventure ici proposée. Las, je tombe bien vite sur un os : pas moyen d' "entrer" dans ce livre, j'en reste à la surface, j'en effleure quelques pages mais pas de grand frisson à l'horizon. Puisqu'il ne faut pas mourir idiote, je m'obstine (de toute façon, je m'entête toujours, refusant de m'avouer vaincue par quelques formes que ce soit de littérature) et lit, péniblement, ce minuscule ouvrage.

Simultanément, pour me changer les idées, j'entreprends de relire, toujours avec le même plaisir,  un opus des fameuses Chroniques des Vampires, d'Anne Rice, Cantique Sanglant en l'occurence. Ce tome des Chroniques laisse (de nouveau) la parole au vampire Lestat (mais si, vous connaissez, c'est le vampire incarné au cinéma par Tom Cruise dans Entretien avec un vampire). Là, le ton est tout autre. Les aficianados dont je fais partie, voit sous leurs yeux ébahis se dérouler la vie inaltérable et toujours mouvementée d'un être sensuel (au sens premier du terme) et immortel, ayant avec la "vie" (ou l'absence de mort, comme vous voudrez) un rapport pour le moins complexe.

Le hasard a voulu que j'achève le même soir les deux livres (ce qui en dit long sur la motivation à lire le premier ; jugez plutôt 256 pages de format poche pour la Menteuse, contre les 381 pages de l'édition grand format du Cantique Sanglant ). C'est la comparaison entre les deux ouvrages qui me laisse songeuse. Au moment de commencer à écrire cet article, je me voyais bien proposer une note de lecture rapide de ces livres, en ne m'attardant surtout pas plus que nécessaire sur le premier cité. Or, en réfléchissant bien, ces deux bouquins, bien qu'issus d'univers aux antipodes l'un de l'autre, ont peut-être plus en commun que je ne voulais le croire.

La Menteuse de Giraudoux nous débale les affres et états d'âme de Nelly, le personnage central, ne décrivant réellement ni lieux ni acteurs ; au lecteur de suivre les méandres de la pensée d'une menteuse limite congénitale. Dans cet univers qu'elle se crée intégralement, elle se pose tour à tour en coupable et en victime, de la vie et des autres, à la fois actrice et spectatrice de son propre malheur.

Le Cantique sanglant rêvé par Lestat de Lioncourt est en fait un ouvrage d'introspection. Ecrit à la première personne du singulier, ce livre expose l'envie, latente chez bien des gens, d'être "hors norme", de sortir de la vie courante. Ce qui peut sembler un peu paradoxal, si l'on réfléchit au fait que Lestat est DEJA hors norme, de part son statut de vampire. Hélas, cela ne lui suffit pas. Catalogué depuis la nuit des temps comme un être maléfique, Lestat ne rêve que d'honneur et de sainteté. Et se perd dans les délices de l'introspection, se complet dans son désespoir, ne perdant pourtant pas une seconde son statut de (anti-)héros séduisant et honorable.

Là où je croyais initialement passer du coq à l'âne, je me retrouve donc face à deux (fines) analyses psychologiques. Et j'avoue préférer la légéreté avec laquelle la seconde est rédigée. A vous de me dire ce que vous en pensez...

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Publié dans lecture au coin du feu

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